dimanche 20 juin 2010

La marche du temps [Rainer Maria Rilke]

 Niklaus M. Deutsch [1484-1530]
La Jeune Fille et la Mort

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt des Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.


'Les Sonnets à Orphée' furent écrits très rapidement par Rilke, entre le 2 et le 23 février 1922, au château de Muzot, dans le Valais, en Suisse. Ils sont dédiés à la mémoire de Wera Ouckama Knoop, fille d'une amie hollandaise de l'auteur, qui mourut à vingt ans d'une maladie incurable, en pleine connaissance de son destin. Très ému, Rilke, prolonge ici le thème de la jeune fille et la mort qui le préoccupe dès ses premières œuvres.


Les empressés que nous sommes.
Mais la marche du temps,
tenez-la comme rien
au sein du permanent toujours.

Tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c'est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité,
pas aux tentatives du vol.

L'obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.


Rainer Maria Rilke, Les Sonnets à Orphée, I, 22.,
Traduit de l'allemand par Armel Guerne,
Éditions du Seuil, Paris, 1972.

samedi 22 mai 2010

Monde irrémédiablement désert [Hector de Saint-Denys Garneau]




Dans ma main
Le bout cassé de tous les chemins

Quand est-ce qu'on a laissé tomber les amarres
Comment est-ce qu'on a perdu tous les chemins

La distance infranchissable
Ponts rompus
Chemins perdus

Dans le bas du ciel, cent visages
Impossibles à voir
La lumière interrompue d'ici là
Un grand couteau d'ombre
Passe au milieu de mes regards

De ce lieu délié
Quel appel de bras tendu
Se perd dans l'air infranchissable

La mémoire qu'on interroge
A de lourds rideaux aux fenêtres
Pourquoi lui demander rien ?
L'ombre des absents est sans voix
Et se confond maintenant avec les murs
De la chambre vide

Où sont les ponts les chemins les portes
Les paroles ne portent pas
La voix ne porte pas

Vais-je m'élancer sur ce fil incertain
Sur un fil imaginaire tendu sur l'ombre
Trouver peut-être les visages tournés
Et me heurter d'un grand coup sourd
Contre l'absence

Les ponts rompus
Chemins coupés
Le commencement de toutes présences
Le premier pas de toute compagnie
Gît cassé dans ma main.



Hector de Saint-Denys Garneau,
Les solitudes [poésies posthumes], in À côté d'une joie,
Orphée / La Différence / Paris, 1994.


Que dire de Hector de Saint-Denys Garneau (1912-1943) ? Que Québecois, il a pu symboliser là le poète au destin tragique, qu'ici (Outre-Atlantique), on lui a trouvé le parfum d'un poète 'maudit'... Mais encore ,! Que homme d'inquiétude - de remords 'chrétien' ? -, peintre et poète, critique, son écriture fracturée, distendue, en reflète le tourment et nous le rend proche et intime - frère en nos questions. S'il semble parfois ici quelque peu 'inadéquat' (à quoi ?), il est, là-bas, le poète d'une souffrance, d'un pays en souffrance, qui annonce et préfigure le 'renouveau'... Et, quelques années plus tard, dans l'ombre foudroyée de ses 31 ans, ce renouveau viendra, et de là, cette fois, vent d'ouest, vif vent soufflant vers nous, sur nous, une poésie nouvelle, renouvelant la langue, viendra interpeler notre vieille langue d'ici. Écoutons-en la voix. 

mardi 27 avril 2010

'Chemin creux'

 
 
 
 
Cheminant, là sont tes traces,
le chemin, et rien de plus… 
 
Antonio Machado



Photo : 'Chemin creux' sous Le Chemin des Dames, v.l.
 à Alain D., pour les traces qu'il en est.

samedi 17 avril 2010

Arrêt sur image [Paul Verlaine]

Prisons de Nantes et château de Mons, à moins que ce ne soit l'inverse. Toujours est-il que deux ans durant, il y habita une tour en ce château, Verlaine, et l'on sait pourquoi. Y demeurer, puis en repartir.

Écrit en 1875

À Edmond Lepelletier. 

J'ai naguère habité le meilleur des châteaux
Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux :
Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes,
Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles.



Le mur, étant de brique extérieurement,
Luisait rouge au soleil de ce site dormant,
Mais un lait de chaux, clair comme une aube qui pleure,
Tendait légèrement la voûte intérieure.
Ô diane des yeux qui vont parler au cœur !
Ô réveil pour le sens éperdus de langueur !
Gloire des fronts d'aïeuls, orgueil jeune des branches !
Innocence et fierté des choses ! Couleurs blanches !
Parmi des escaliers en vrille, tout aciers
Et cuivres, luxes brefs encore émaciés,
Cette blancheur bleuâtre et si douce, à m'en croire,
Que relevait un peu la longue plinthe noire,
S'emplissait tout le jour de silence et d'air pur
Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur.
Une chambre bien close, une table, une chaise,
Un lit strict où l'on pût dormir juste à son aise,
Du jour suffisamment et de l'espace assez,
Tel fut mon lot durant les longs mois là passés,
Et je n'ai jamais plaint ni les mois ni l'espace,
Ni le reste, et du point de vue où je me place
Maintenant que voici le monde de retour,
Ah ! vraiment, j'ai regret aux deux ans dans la tour !
Car c'était bien la paix réelle et respectable,
La paix où l'on aspire alors qu'on est bien soi,
Cette chambre aux murs blancs, ce rayon sombre et coi
Qui glissait lentement en teintes apaisées,
Car, à quoi bon le vain appareil et l'ennui
Du plaisir, à la fin, quand le malheur à lui,
(Et le malheur est bien un trésor qu'on déterre)
Et pourquoi cet effroi de rester solitaire
Qui pique le troupeau des hommes d'à présent,
Comme si leur commerce était bien suffisant ?
Questions ! Donc, j'étais heureux avec ma vie,
Reconnaissant de biens que nul, certes, n'envie.
(Ô fraîcheur d'être cru plus malheureux que tous !)
Je partageais les jours de cette solitude
Entre ces deux bienfaits, la prière et l'étude,
Que délassait un peu de travail manuel.
Ainsi les Saints ! j'avais aussi ma part de ciel.
Surtout quand, revenant au jour, si proche encore,
Où j'étais ce mauvais sans plus qui s'édulcore
En la luxure lâche aux farces sans pardon,
Je pouvais supputer tout le prix de ce don :
N'être plus là, parmi les choses de la foule,
S'y dépensant, plutôt dupe, pierre qui roule,
Mais de fait un complice à tous ces noirs péchés,
N'être plus là, compter aux rang des cœurs cachés,
Des cœurs discrets que Dieu fait siens dans le silence,
Sentir qu'on grandit bon et sage, et qu'on s'élance
Du plus bas au plus haut en essors bien réglés,
Humble, prudent, béni, la croissance des blés !
D'ailleurs, nuls soins gênants, nulle démarche à faire.
Deux fois le jour ou trois, un serviteur sévère
Apportait mes repas et repartait muet.
Nul bruit. Rien dans la tour jamais ne remuait
Qu'une horloge au cœur clair qui battait à coups larges.
C'était la liberté (la seule !) sans ses charges,
C'était la dignité dans la sécurité !
Ô lieu presque aussitôt regretté que quitté,
Château, château magique où mon âme s'est faite,
Frais séjour où se vint apaiser la tempête
De ma raison allant à vau-l'eau dans mon sang,
Château, château qui luis tout rouge et dors tout blanc,
Comme un bon fruit de qui le goût est sur mes lèvres
Et désaltère encor l'arrière-soif des fièvres,
Ô sois béni, château d'où me voilà sorti,
Prêt à la vie, armé de douceur et nanti
De la Foi, pain et sel et manteau pour la route 
Si déserte, si rude et si longue, sans doute,
Par laquelle il faut tendre aux innocents sommets.
Et soit aimé L'AUTEUR de la Grâce, à jamais !
Paul Verlaine, Amour

dimanche 4 avril 2010

Blandine l'Enchanteresse [Blandine Verlet]















Circé l'Enchanteresse, déesse des métamorphoses, recompose l'univers
Et l'entraîne dans une perpétuelle mutation.
Elle manipule l'humain
L'animal
Le végétal.
Elle masque, démasque, travestit.
Elle nous perd dans les labyrinthes de ses sortilèges
Toujours en fuite d'eux-mêmes.

La musique est au temps ce que Circé est aux apparences.
Elle le met en désordre.
Et malgré son ordre rigoureux, le déstabilise.
Elle piège le sablier
Lui fait perdre la boussole.

Circé devint ma déesse
Et la musique mon Nord.
Direction fixée pour un espace libre
Un Nord à conquérir.

Espace constitué de couches de temps
Léger en apparence
Ailé
Libre
Mobile et accueillant.

De son doigt tendu, l'Ange-boussole indiquait le Nord
Il souriait
L'air réservé et sage de quelque vieux talmudiste.
La discrétion et la jeunesse de son sourire encourageait.

À partir du Nord, je déduirais des points cardinaux viables
De possibles points d'ancrage en cas de mer méchante
En cas d'émiettement de tout
De perte de soi.


… et il faut continuer, dans cette lancée, à lire 'L'Offrande musicale', magnifique poème à la musique, à la création, à l'interprétation, au clavecin - qui est sa musique - de Blandine Verlet. Exceptionnelle musicienne, exceptionnelle claveciniste, elle est ici exceptionnelle poète. 175 pages de sensibilité, d'intelligence, de vivacité et de bien-être d'être. Qu'elle nous dise Couperin, Bach ou Beethoven, tout est juste, tout est vrai, tout est pénétration de sens plein.

Il faut remercier Blandine Verlet pour ce petit livre précieux – et, également, le précieux échantillon de sa musique qu'elle nous offre dans le CD qui l'accompagne.


François Couperin • Blandine Verlet

L'art de toucher le clavecin

N.B. : Ce texte a été initialement publié dans la page 'plurielles' d'avril 2009 de sous le clavier, la page.

mardi 9 mars 2010

Le temps d'une danse / Un / [Tarek Essaker]

... Une route comme un fil tendu, cela se rompt. Un parcours qui boite, sans gémir, qui souffre, s'use et échappe. Un détour par ci, par là, pour saisir un de ces bouts de vies, un de ces excès improvisé, un chemin joué aux dés par une nuit bavarde et chapardeuse où les errants n'ont pas manqué de céder là et reprendre ailleurs. Une route qui permet et empêche, qui déborde du talon charnel du monde comme un excès, comme un manque, comme un rituel entre les mamelles de la terre.


 

Cette fois ci, chemins, êtres et choses, sensations et images, signes et reflets, ombres et silhouette, tout s'invente, à travers figures, écorchures, éclatements, chocs et brèches. Le tout danse. Le tout fait le saut, fait le pitre, fait l'illisible, le vu, le tenace, le simple, le tout juste, l'à peu près. Le tout danse, comme pour les retrouvailles d'un jour, comme pour les ruptures fauves où il s'agit, à chaque fois, de vivre et de mourir.

Tout est là, se donne, se dérobe, illisible. Mon regard touche des corps de femmes qui battent de l'aile d'avoir voulu trop porter la fatigue des hommes et caresser les vents nomades. Elle comblent et exhalent la fragilité sonore de l'aube. Ainsi tout devient promesse ou blessure qui saigne. Visages de femmes muettes aux dires des derniers hommes et des déserts qui baignent le front de la nuit.

A night in Tunisia
Charlie Parker & Miles Davis

De la terre, de l'écume, du ciel et tant d'autres détours. Tout ce qui touche pour aboutir comme à l'essentiel, à distance, ailleurs, et elles, Femmes, se répètent, se complètent, gracieuses et troublantes dans l'obscur, dans le printemps de décembre, comme un festin, comme un bosquet. Simplement des figures enveloppées, des mouvements égarés, à la dérive, suspendus entre le vide et son vide.

Simplement lieu, verdures dans le ciel. Danses qui bordent l'abîme, devenues digues de colère, géométrie de la béance, une déroute, horde de vertige qui disent leurs possibles. Elles se perdent, errent et apprivoisent le silence.

Danses, qui avec rage et désir, fondent et scellent les présences, les voix, les frémissements, les regards, les silences, les scellent à l'archipel du temps comme le nomade à la poussière et le marin à ses orages.

Au fil du vent et du temps, la lumière glane à l'aube ses premiers éclats. La danse s'achève. Les femmes partent en silhouettes hagardes, sans mots dire, sans s'attarder, dans les remous qui touchent aux éclatements du monde. elles décident de reprendre la route, sans visages, aucun, sombres, sans espoir, sans attente comme le sceau d'une vie libre et en marge...


Tarek Essaker



Le temps d'une danse / Un / est le premier mouvement d'un ensemble qui en compte / conte  quatre, récemment publié dans la revue 'Liaisons' (Bruxelles), à paraître ici même au gré de l'auteur et au fil du temps.

On lira par ailleurs dans ces mêmes pages du même : Aux figures de caminante
 

Chronique du marron solitaire [Dominique Batraville]

 


En ces jours, ces heures, où nos derniers nègres donnent un (dernier, je l'espère) coup de pied au cul de la dernière France coloniale*, je retrouve dans mes archives de 'papier numérique', daté de février 1998, ce prologue d'un synopsis, dû à l'ami Dominique Batraville, d'une impossible "Chronique du marron solitaire" vidéographique.

Le voici donc ce prologue. Ceci se passe dans un pays improbable qui pourrait bien être Haïti.



Premier mouvement

Zizim, le marron inconnu, se déclare toujours en transit et se consacre jour et nuit à reconstituer ses itinéraires passés, ses joies et ses douleurs. Il tient régulièrement son journal et passe en revue ses songes, les drames quotidiens qu'il vit à Port-Babel, la ville la plus surréelle et la plus dramatique des Antilles et même du Nouveau Monde. Ozézim, baptisé Zizim par la malice populaire et port-babélienne pour des raisons insoupçonnables, se souvient des maisons de rois et de reines où, sentinelle, mage et médecin, il a longtemps travaillé. À l'entrée de sa porte, Zizim inscrit : "Nul ne pénètre ici s'il n'est marron dans la tradition des marrons vivant comme esclaves fugitifs avant et après 1848".






Deuxième mouvement

Zizim voyage beaucoup. Il est déjà en route, souvent à bord d'un navire, souvent sur le dos d'un dromadaire. Tantôt, on le retrouve dans un tap-tap ou dans un autobus bois-fouillé de son pays-transit. Pour Zizim, chaque jour et chaque nuit à Port-Babel constituent une somme de rires et de pleurs. Port-Babel est une véritable capitale de science-fiction.

Troisième mouvement

Pour ne pas sombrer dans un délire sans fin qui ferait de lui un asile pénitentiaire, Zizim poursuit toujours ses voyages, voyages souvent inscrits dans les proverbes bibliques, les chroniques créoles, les aphorismes port-babéliens. Zizim devient soliloque. On le compare même à Antoine Gommier Fleuri, le plus célèbre mage de toutes les îles des Caraïbes. Il conseille aux Ports-Babéliens d'interpréter tous les jours le sens des proverbes. Voilà comment Port-Babel, ville des malfrats, des reste-avec, des débardeurs, des cireurs, des joueurs de loterie, des prostituées inhérentes, des libres zimbis, goûteurs de sel, se transforme lentement en lieu de pèlerinage pour les voisins des autres îles et études d'Amérique ou même d'autres continents.

Dominique Batraville
Droits réservés



* Publié au moment d'un important mouvement de grèves qui a paralysé plusieurs semaines la Martinique et la Guadeloupe, ce texte à paru, sans nom d'auteur, dans la page 'plurielles' de janvier 2009 de sous le clavier, la plage.

Plus encore, reprenant donc une page déjà publiée, le présent billet, préparé d'assez longue date, ignorait alors ce qu'il allait advenir, tragiquement, de Port-Babel. Quant à l'incertitude qui régna quant au sort de l'auteur elle contribua à différer d'autant cette parution. Aujourd'hui, sur ce point, nous voici quelque peu rassuré... Pour le reste...

À l'illustration d'origine, 'Le Nègre Marron' statufié à Port-au-Prince, que l'on trouvera par ailleurs, j'ai préféré, en la circonstance, substituer 'La Tour de Babel', peinte par Pieter Bruegel l'Ancien vers 1563, que l'on peut admirer au Kunsthistorisches Museum de Vienne.



Je dédie cette archive à Alain Daniel, l'instigateur, Dominique Batraville, l'auteur et V.L., le complice, en souvenir de cette épopée, et, en tout premier lieu, à tous les Port-Babéliens dans l'épreuve et à leur pays en souffrance, devenu encore plus improbable que je le disais dans les premières lignes.

dimanche 7 février 2010

Chemins perdus où trouver du bois [Noëlle Combet]

La belle image heideggerienne des chemins perdus a, dans les lignes qui suivent, fonction de fil transversal accompagnant une promenade dans la pensée avec, mais aussi contre et au-delà de Heidegger ; la jouissance y sera approchée en tant que visée essentielle, au fil d’un parcours, mettant en perspective, des textes et des points de vue en toute amicale "déconstruction".

"Déconstruction" aussi, dans la mesure où, m’appuyant à plusieurs reprises sur l’ouvrage de Misrahi "La jouissance d’être", je n’en ai retenu que ce qui m’y est apparu comme mon "bien", sans me contraindre à une lecture exhaustive, voire contradictoire en ce qui concerne certains des autres points abordés. Ce parcours m’a ramenée à Spinoza, la plupart du temps, car Misrahi tire la dernière partie de l’ "Éthique" du côté d’une liberté qu’elle contient en germe.

"L’origine est devant nous", écrivait Heidegger.


Et si l’un des noms de cette origine future était Spinoza ?







Dans la métaphore heideggerienne, les chemins du bois ne sont pas des impasses

Pourquoi avoir traduit "Holzwege" de Heidegger par "Chemins qui ne mènent nulle part" ?

Holzweg, en allemand, désigne littéralement un "chemin du bois". Holz, c’est le bois forestier mais surtout le matériau, le bois que l’on récolte.

Les Holzwege sont ces sentes mal frayées, empruntées par les bûcherons, les forestiers, les gens modestes en quête de bois de chauffage.

Ils se perdent dans les broussailles et, croyant en reconnaître un, le plus souvent, on se trompe.

Comme ce chemin n’a pas de ligne déterminée, il en est venu à signifier vers le XVème siècle, chemin qui se perd, faux chemin ; mais il n’est généralement utilisé dans ce sens qu’au singulier et précédé d’un article défini ("auf dem Holzweg sein" : faire fausse route).

Pas d’article dans le titre proposé par le philosophe et un emploi au pluriel.

N’aurait-il pas mieux valu conserver l’ambiguïté du titre allemand ?

En effet, rien n’indique qu’il s’agit de "faux" chemins.

L’on ne va certes, les parcourant, vers aucune destination prévue d’avance. Il s’agit d’une voie que l’on trace parce qu’on la suit.


Premier détour taoïste

On peut penser au Dao, cette indiscernable voie de la sagesse chinoise, tel que l’évoque Lao Tseu :

Il est fuyant et insaisissable.
L’accueillant, on ne voit pas sa tête,
Le suivant, on ne voit pas son dos.

Ce chemin indiscernable qui nous mène, qu’est-ce qui nous fait en chercher et en même temps en dessiner le tracé ? C’est que, justement, il est loin de ne mener nulle part ; le "quelque part" rencontré, lorsque l’on y chemine "à l’aveuglette" diraient les occidentaux, "au gré", diraient les taoïstes a la forme d’un objet que l’on désire, le Holz du bois coupé ou à couper.


Le "Désir-sujet"

Le Désir, donc, nous guide ; octroyons-lui la majuscule pour indiquer sa signification la plus large : cette fonction d’activation qui est la sienne.


Le Désir peut être considéré comme élan dynamique plutôt que manque auquel on le réduit souvent.

Mouvement actif qui constitue chacun de nous dans sa singularité de sujet, il nous met en chemin vers notre Holz. Disons qu’il apparaît comme notre élément constitutif le plus fondamental : l’effort pour persévérer dans notre être, comme le définit Spinoza, et y trouver la joie dans la potentialité d’une rencontre avec nos objets.

Ces objets, ce bois qui nous permettra d’éclairer et réchauffer nos vies ont de multiples formes selon chacun : Heidegger y a rencontré les chaussures de Van Gogh , la parole d’Anaximandre, le dire poétique pour n’évoquer que quelques unes de ses trouvailles.

Mouvement de mise en route, le Désir est donc un acte, un acte de vie.

dimanche 3 janvier 2010

Après coup [Philippe Jaccottet]




Du livre, ce jour tôt venu, de celui qui écrit, et réécrit, qui l'avait déjà dit et le redit. Obstinément. De bribe en bribe. Par-delà. Philippe Jaccottet. Et ainsi donc invite à lire. Et à relire. Écrit inséparable de l'homme. Son œil, et sa peau, à la fois.


Ainsi donc :

aucun progrès, pas le plus petit pas en avant, plutôt quelques reculs, et rien que des redites.

Pas une vraie pensée. Rien que des humeurs ; des variations d'humeur, de moins en moins cohérentes ; rien que des morceaux, des bribes de vie, des apparences de pensées, des fragments sauvés d'une débâcle ou l'aggravant. Des moments épars, des jours disjoints, des mots épars, pour avoir touché de la main une pierre plus froide que le froid.

Loin de l'aube, en effet.

Ce qu'on ne peut pas ne pas dire, tout de même, parce qu'on l'a touché du doigt. La main froide comme une pierre.







Si vite qu'écrivent les martinets, si haut qu'ils tracent leurs signes dans le ciel d'été, les morts ne peuvent plus les lire. Et moi, qui les vois encore avec une espèce de joie, ils ne m'enlèveront  pas au ciel.

Au dessous d'eux, ces ébauches d'ignare. Une brève et pure échappée, des velléités d'ascension, et la plus longue rechute dans les cailloux, la plus longue reculade.

Dans la détresse des fuyards qui est comme une neige où plus aucune trace de cœur ne serait visible, jamais. Ou comme un  linge qui refuserait de plus jamais porter l'empreinte d'un visage, ni même d'une main.

(Quelqu'un écrit encore pourtant sur les nuages.)


Après coup, final de Notes du ravin, pp. 67-68.
Extrait de Ce peu de bruits, Gallimard, 2008.

Fouillant, on trouvera maints textes et bribes de Philippe Jaccottet dans sous le clavier, la page et le-blog-a-vincent.

Alain Planès interprète Une feuille emportée (Andante), extrait de Sur un sentier recouvert, premier cahier, 1901, de Leoš Janáček.

Après coup, quand s'est posée la question de la 'légitimité', de la 'justesse' de cette insertion musicale, découvrant la propre orientation de l'auteur vers la dernière sonate de Schubert — choix suffisamment sensible pour qu'on y revienne ▸Interlude schubertien — ou encore la 'Missa pro defunctis' de Roland de Lassus, la crainte de 'déplaire', me fît hésiter… jusqu'à ce que texte lui-même m'invite :

J'assiste avec une sorte de bonheur à l'envol rapide des feuilles détachées des branches par un vent du nord très violent qui fait scintiller celles qui restent encore aux arbres. Cela me rappelle quelque chose à propos des oracles de la Sibylle.

Au chant VI de l'
Énéide, en effet, Virgile fait dire à Énée, venu consulter la Sibylle de Cumes : "Seulement, ne confie pas tes vers prophétiques à des feuilles qui peuvent s'envoler en désordre, jouets des vents rapides."

Ainsi s'enrichit notre vision des choses de ce monde. Ces feuilles éparpillées, "jouets des vents rapides", n'avaient plus été rien que des feuilles ; elles portaient en elles, pour mon regard du moins, l'élan des essors d'oiseaux, leur apparence d'ébriété joyeuse, dans un mouvement d'aventure et de conquête bien plus que de fuite et, surtout, de chute. Ce rapprochement suffisait à expliquer cette "sorte de bonheur" que j'avais éprouvé, instinctivement, sans chercher plus loin. ('Notes du ravin', pp. 50-51)

dimanche 27 décembre 2009

1061, temple de Mianchi [Su Dong-po]

 











Archétype de la poésie chinoise classique telle qu'on la rêve. Su Dong-po, poète, peintre, calligraphe, fut un de ses plus grands rêveurs. Avec elle, avec lui, cheminer, en deça — et non hors — de toute actualité. Taoïstement.


La vie humaine, jusqu'où va-t-elle ? à quoi ressemble-t-elle ?
Elle doit sembler un cygne qui vole, se pose sur la neige ou la fange
Sur la fange, il arrive qu'il laisse vestiges de ses griffes
Le cygne s'envole, savoir où ? est ? ou ouest ?




Le vieux moine est déjà mort, devenu neuve pagode
Le mur s'effondre, plus moyen de voir les anciennes inscriptions
La journée de voyage : des hauts et des bas, t'en souviens-tu ?
La route est longue, les gens las, les ânes trébuchent et braient

Su Dong-po / Su Shi (1037-1101)
Traduit par Maurice Coyaud
Anthologie bilingue de la poésie classique chinoise
Les Belles Lettres, Paris, 1999

Chen Zong interprète Chaoyuan ge [Chant de la cour] à la flûte traversière accompagnée par le cymbalum et l'orgue à bouche. François Picard nous dit que 'le titre, ambigu comme la plupart des appellations traditionnelles d'airs instrumentaux, pourrait aussi faire référence à l'immortel taoïste Chaoyuan, cité dans un poème de Bo Juyi.' Enregistrement Radio France, novembre 1995,  Chen Zong. Musiques de Shanghai. Ocora Radio France.

N.B. : Poème publié initialement dans le page 'plurielles' de décembre 2003 de sous le clavier, la page.

samedi 12 décembre 2009

Le chemin [Noëlle Combet]


Le chemin


Ce chemin que je vais faisant
ce pendant il me va faisant ;
j’ajuste mon souffle à son rythme,
épouse du pied ses courbures ;
ses flaques largement reflètent
éclats des rêveries
que mes mains, de ci, de là,
ont, à grand joie cueillies,
accordées au tissu
de vie réalisée
en heurs bons ou mauvais,
en souci d’humanité,
et en (dés)espoir de causes. 
Suis tombée dans ses ornières,
me suis relevée à douleur :
par deuils ma vie fut très tôt pétrie

En ai fait chemin de ronde
pour voir venir dans les lointains
formes amies et ennemies.
En ai fait chemin de table
à vivre d’hospitalité.
Y ai cousu frissons de soies
dans les amours.
Enfants rieurs m’accompagnant
y ont bravé des écorchures
et récolté moult fleurs et mûres.





Souvent, il m’a voulue voleuse
volant vers bouquets chimériques
et rêves, rivières arc en ciel.
Dans mes fugues il s’est offert
en errance buissonnière.
Et puis il disparaissait
me logeant dans le vide.
Lors que je l’avais perdu,
un temps goûtais son absence,
en vastitude des espaces.
Puis l’infini, ne me contenait plus ;
adonc me refaisais chercheuse,
me lançais à le retracer.

Le voilà devenu tortueux 
tandis que mon corps s’alourdit.
D’un coup, mon présent devient passé.
Et le chemin rejoint
en spirales
obscures nuées
de neige noire.
Je sais bien que là-bas surgira l’indicible
qu’aurai si souvent pressenti
sans qu’en vienne jamais l’étreinte.
Ce chemin que je vais faisant,
désormais, il va me défaisant.

N.C.


Si vous avez faict vostre proufit de la vie, vous en estes repeu, allez-vous en satisfaict. […]
Si vous n’en avez sceu user ; si elle vous estoit inutile, que vous chaut-il de l’avoir perdue ?

Montaigne, Essais


 


Bassedance 7 [Anonyme]
Extraite de MUSICQUE DE IOYE
Appropriée tant a la uoix humaine, que pour apprendre  sonner Espinetes 
Violons & fleustes. Auec Basses Danses, eleues Pauanes, 
Gaillardes, & Branles…
Composées par diuers aucteurs Musiciens tresparfaictz
& excellents, en leur siecle.
On les uend à Lyon chez Iacques Moderne dict grand Iacques.
[Lyon, vers 1550]
Interprétée par
HYSPÉRION XX
direction : Jordi Savall
Enregistrement effectué à l'église de Nenzlingen, Suisse,
en janvier 1978, par Thomas Gallia.
AUVIDIS


'Le chemin' a paru initialement dans les pages
du blogue de Noëlle Combet en janvier 2009.

Illustration extraite de l'Atalanta fugiens de Michael Maier,
ouvrage imprimé à Oppenheim en 1618.

jeudi 10 décembre 2009

Festina lente [Octavian Paler]

D'Octavian Paler, éditorialiste, essayiste, écrivain et poète roumain [1926-2007], rien de plus précis ne sera dit ici, renvoyant le lecteur au 'tiroir' • domaine roumain • le-blog-a-vincent, où l'on trouvera plusieurs témoignages de son activité et des liens utiles. Les curieux trouveront des 'traces' polémiques de sa présence télévisuelle jusqu'à ses derniers jours  – il fut homme de radio et de télévision – sur des sites spécialisés tels que YouTube. En français, très conjoncturellement, dans l'urgence – c'était au lendemain de la 'révolution' roumaine –, furent traduites ses 'Polémiques cordiales', propos d'éditorialiste politique.

Nonobstant, Octavian Paler trouve 'naturellement' place dans ces pages au titre d'une démarche 'd'esprit' qui lui a fait rédiger, en 1975, un 'Caminante', journal (et contre-journal), comme il se plaît à l'écrire, de voyage au Mexique. Oh, ce n'est pas œuvre de 'touriste', de 'globe-trotter' – l'expression est de lui – mais une réflexion sur la 'marche' des hommes, d'une humanité plurielle, multiple, diverse. Il nous y 'éclaire' sur ce que fut la grandeur et la décadence (le terrible sacrifice) d'une civilisation, celle des Aztèques, qui ne résista pas au cours de l'histoire — de 'notre' histoire. Nous espérons un jour — pas trop lointain — donner l'intégralité de ce journal mexicain en traduction française.

Je retiens ici, qui justifie pour moi, cette inscription dans les présentes pages : celui de la 'course' du monde – et de l'homme donc. Le 'festina lente' (hâte-toi lentement' latin) est récurrent dans la démarche 'palérienne' : l'homme qui marche à son pas, sans illusion, avec tous ses désirs, incompris de la plupart, 'embarqués' dans une course vertigineuse vers…, vers quoi ? et à quel prix ? En témoigne ce poème :


Cursă 



Mai departe de moarte, mai departe de viată,
mai departe de dragoste, mai departe de mine,
mai departe de noi,
mai departe de cei care-am fost,
de cei care-am fi putut deveni.
Şi cursa continuă.


La course
Plus loin de la mort, plus loin de la vie,
plus loin de l’amour, plus loin de moi,
plus loin de nous,
plus loin de ce que nous avons été,
de ce que nous aurions pu devenir.
Et la course continue.


Au-delà de la dérision de l'auteur, cette page – le chapitre 2 du journal – est rédigée dans l'avion entre Amsterdam et Madrid, escale avant le 'saut' sur le continent précolombien. L'écriture légère, ironique pose, in fine, LA question fondamentale : qu'est-ce qui prévaut  de la 'course' à la machette de Stephens et de l'écriture retirée, 'à l'aveugle', de Prescott ? Métaphore sur le sens qu'oppose au 'monde' le journaliste – que fût Paler –… ou celui, moins 'voyant', plus déterminant, auquel, discrètement, en retrait, s'oblige l'écrivain, essayiste et poète – que fût également Paler . Je vous laisse apprécier. Octavian Paler, un homme à la façon de Montaigne, de Machado ? Caminante, cheminant…





Chaque siècle a, peut-être, son mal du siècle*. Le nôtre, nous pousse à n’avoir pas de patience… Trains, avions, bateaux, tous halètent, emballent au maximum leurs moteurs en jetant dans l’air des tourbillons de fumée… billets d’avion, billets de bateau, billets de train, gares, aérogares, ports, “Paris en deux jours”, “Le Mexique en raccourci”, visas d’entrée, visas de sortie, hôtels, “Taxi !”, dépliants, qui a encore le temps de lire L’Odyssée ? Nous sommes pressés, “attachez vos ceintures, dans quelques minutes nous décollons”, tous les trains partent “dans cinq minutes”, Ladies and Gentlemen, Mesdames et Messieurs, Señoras y Señores, il n’y a pas le temps, pas même de courir à la première librairie pour lire un livre pendant le voyage… peu importe, peut-être la prochaine fois alors… et, en fin de compte, que voulait Homère ? Tant d'embarras pour ramener un Grec rusé sur un rivage pierreux où poussait un peu d’herbe pour les chèvres… Non, malheureusement, il n’y a pas le temps, nous sommes entre une gare et l’autre, entre un avion et l’autre, à nous enivrer de notre hâte comme d’une fin… Mon Dieu, pourtant, nous avons voulu quelque chose, nous avons désiré quelque chose, mais quoi ? Nous avons besoin d’un arrêt, d'un peu de silence, de ramasser nos pensées… mais, oh, le sémaphore nous indique que le train ne peut plus attendre, l’échelle de l’avion est retirée, “Attachez vos ceintures”, et le bateau s’éloigne du quai. Laissons L'Odyssée, feuilletons les guides et particulièrement n'oublions pas d'envoyer aux connaissances et non-connaissances des vues, accompagnées de quelques mots, éventuellement d'abréviations, au milieu du bruit des roues sur les rails, du bruit des hélices dans l'air et pendant que sur le pont du bateau, tout le monde sourit en écoutant une valse désuète : “Des valses, encore maintenant ? Qui a le temps pour des valses, mon cher* ? Nous avons besoin d’autre chose qui nous suggère la folie de la vitesse dans les courses de formule 1… " Festina lente ? Qui a dit cela ? Ah, oui, j’ai appris, dans la nuit des temps, au cours de latin, que les poètes conseillaient aux Romains de se hâter lentement, au contraire des soldats qui faisaient trépider les voies impériales… Mais à quoi bon se souvenir de dictons périmés ? Ils sont comme la valse sur ce bateau. Quoique ce serait une bonne plaisanterie si, dans les gares et aérogares, au lieu d’annoncer les trains et les avions qui viennent et partent, on répétait chaque fois ces deux mots festina lente, plus lentement, par syllabes, puis plus rapidement, jusqu'à ce qu'on ne comprenne plus rien. Même la sagesse, nous la voulons sous forme concentrée. Nous n’avons plus envie de reprendre les raisonnements, de peser les arguments, nous voulons arriver directement à la conclusion, nous n’avons plus la patience de lire un livre entier, nous voulons une phrase, jolie, raisonnable, c’est tout.

J’ai laissé derrière moi je ne sais combien d'hôtels oubliés, où j’ai dormi, des gares et des aéroports dont j'ai gardé seulement un goût de fumée, de soleil ou de brouillard, une couleur ou peut-être rien, sans être, ni par vocation, ni par défi, comme on dit, un globe-trotter. Mais je me demande si précisément ceux qui bourlinguent partout de par le monde, par hasard, ne seraient pas ceux qui le connaissent le moins. Quant à réfléchir à ce qu’ils ont vu ? À peine ont-ils un peu de temps de se convaincre, peut-être, que le monde n’a pas de secrets pour eux. Autrefois, pendant que Stephens ouvrait son chemin, la machette à main, vers les temples et pyramides de la civilisation maya, Prescott, à peu près aveugle, écrivait sur son ardoise La conquête du Mexique, en révélant au monde, sans franchir le seuil de son cabinet de travail, la civilisation aztèque. En ce qui me concerne, je suis attiré par Prescott, pas par Stephens. Parce que je suis resté un éternel dilettante au milieu des professionnels des voyages.

Nous atterrissons. Dans une demi-heure nous repartirons.


Octavian Paler, Caminante – Jurnal [şi contrajurnal] mexican, Editura Albatros, Bucureşti, 2003 / Caminante – Journal [et contre-journal] mexicain, pp. 16-19, inédit en français, traduit du roumain – ainsi que 'La course' – par Vincent Lefèvre et Ivona Panaït. Tous droits réservés.


* En français dans le texte.


Je dédie affectueusement cette page à I.P., ma compagne en ce voyage initié par elle.


Et, au titre de ce 'festina lente', je reprends ici, pour N.C., qui l'avait beaucoup apprécié lors de sa présentation initiale dans 'la musique creuse le ciel' • le-blog-a-vincent, cette pièce, 'Labyrinthes d'Adrien', de cet autre Roumain, musicien 'contemporain', Costin Miereanu, dont il dit lui-même : 'le labyrinthe représente, pour moi, un espace privilégié bâti de fausses fenêtres et de glaces sans tain dans lequel nous croisons de loin en loin des personnages d'une narrativité musicale imaginaire… [et où l'on rencontre] perdu dans ces dédales labyrinthiques, un personnage extra-musical, quelque peu étrange et tout aussi insaisissable que le farfadet Bibabutzemann des comptines allemandes : 'Le Capitaine de la Compagnie de bateaux à vapeur du Danube…' Voilà, je pense, qui n'aurait pas déplu à O.P. !




Labyrinthes d'Adrien [17:47] de Costin Miereanu, (Commande de l'État français) pour soprano, flûte(s), clarinette, basse, cor, 2 percussions, claviers électroniques (3 exécutants), 2 guitares électriques et violoncelle, 1981. Éditions Salabert. Interprétation par l'Ensemble de l'Itinéraire, sous la direction de Fahrad Mechkat. Enregistrement au Studio Ab Lib. à Gentilly en 1985. Prise de son de François Pinot, mixage et traitements électro-acoustiques de Claude Pavy.