André Gide en 1893
Ballade des biens immeubles
Quand la rivière commença à monter,
Il y en eut qui se réfugièrent sur la montagne ;
D'autres qui se dirent : le limon engraissera nos champs,
D'autres qui se dirent : c'est la ruine ;
D'autres qui ne se dirent rien du tout.
Quand la rivière eut bien monté,
Il y avait des endroits où l'on voyait encore des arbres,
D'autres où l'on voyait des toits de maisons,
Des clochers, des murs, et plus loin des collines ;
D'autres endroits où l'on ne voyait plus rien du tout.
Il y avait des paysans qui firent monter leurs troupeaux sur les collines ;
D'autres qui emportèrent dans un bateau leurs petits enfants ;
Il y en eut qui emportèrent de la bijouterie,
Des mangeailles, des papiers écrits, et tout ce qui pouvait flotter d'argent.
Il y en eut qui n'emportèrent rien du tout.
Ceux-ci, qui avaient fui dans des barques entraînées,
Se réveillèrent dans des terres qu'ils ne connaissaient pas du tout.
Il y en eut qui se réveillèrent en Amérique ;
D'autres en Chine, et d'autres sur les rives du Pérou.
Il y en eut qui ne se réveillèrent pas du tout.
Puis Guzman chanta la
Ronde des maladies
[…]
… mais ceci est une autre histoire…, à moins que ce ne soit que la suite de la même… Nathanaël nous le dira peut-être… [ajouté par moi, v.l.]
>André Gide, Les Nourritures Terrestres, Livre IV, chapitre III, pp. 97-98, édition de 1927.
Je dédie cette page à ce vieux livre, que je n'ai pas jeté et que je traîne depuis mes quinze ou seize ans, et, plus encore, à celui qui, au même âge, avant moi, en fit l'acquisition, neuf encore.


1 commentaires:
Je possède encore moi aussi, un très vieil exemplaire des "nourritures Terrestres".
Aurions-nous si mal écouté l'auteur que, conservant son livre au lieu de le jeter, nous l'aurions "fétichisé"?
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